13 mai 2008
Silence
Tout s’ouvre sous la voix
Une perle de boue, un oiseau éventré
Rien que de la mie
Et du vent mal famé
Personne n’entre en ce couloir
Aux murs acérés
Qui vous déshabillent la peau
Et vous laissent
Vêtus d’infamie
A chaque repas du Verbe, alors que la plupart des convives décoraient encore leurs cous de diverses pâtes orange, -vous reprendrez bien un peu de fange aux yeux glacés? Délicieux, ces piments incarnats, est-ce du verre pilé ? - , on pouvait voir entrer un nuage rouge sang, aux formes indécises mais toujours dérisoires et obscènes. Cela faisait son chic, et tous l’applaudissaient. Divers gloussements s’égaraient entre les jambes, écorchant le marbre de leur humanité.
Tout était retenu : la table, le ton, la vie
Et pourtant tout s’étalait : la joie, le cri, l’équarrissage
Derrière la nuque d’une jeune femme, la seule qui par distraction gardait encore aux lèvres une ombre de beauté, mais qui bientôt, l’âge venant –quelques secondes tout au plus- allait s’évanouir, le nuage, effaçant ses plis par un imperceptible effort d’allongement, prenait hauteur et nuit.
Que deviens-tu, sous ce buisson,
Ma sœur aux vives alluvions ?
Où es-tu partie ?
Je t’ai cherché sous les roches hagardes des ruines ensoleillées
J’ai percé le ventre des glaciers pour en extraire la gemme
Il n’y a plus de toi ni souffle ni sarcasme
Quel évanouissement infini a-t-il pu t’emporter ?
Quelle est cette source qui pleure sous l’épaule des arbres ?
Irais-je un jour te rejoindre
Parmi l’écume et la chair brulée ?
Lentement, alors que chacun devait faire d’insolites efforts pour s’emparer des plats, avaler une écorce, tenir des propos insalubres, le silence –car c’était lui- couvrait d’opacité les murs, bientôt les corps, emportant sous son haleine musquée tout ce qui jusqu’alors, se croyait formes et lumière.
Il n’y avait plus d’yeux
Ni de rides
Ni…
Charp
Bord de mer -Nocturne 1
Charp
