L'immensité offerte a charge de moissons

      l'écriture est soc ou charrue, elle arase le sol et se découvre un cours, adresse un paysage

Elle sème à l'envie

     chaque trace est inscrite et germe, et tout hasard se comble, une étoile prend forme et choisit sa réponse

L'amour étale un jaune au couchant de la joie.


***

Être guetteur d'un autre versant
d'une ligne en partage
et d'une aube

     la découpe n'est pas limite, elle est surgissement, elle est forte clameur d'un monde à contre-jour

Tu es belle arrivée
tout un matin reçu


***

Tu es plage
tu es l'orge profond
ta peau s'étend au ciel
c'est la plaine à saisir

     la forme se domine et porte, elle est porte qui s'ouvre et livre sa clarté, respire un plein espace

Tu sillonnes du doigt la poitrine du monde

     les carreaux sont riants, la bouche est en appel, la couleur vibre à la fenêtre, ouverte à ses amours

Soleil rouge grandit
il déborde le seuil
il a troué les murs
il voyage


***

D'un noir tendre et ce n'est que ce noir
ce plan secret de l'ombre
où l'on rêve

     le ton et son point de rosée, un bercement d'azur au plus près de tes joues, tout l'horizon bascule

La courbe se fait corps
sur l'aplat de ses nuits


***

Le martinet percute au ciel un son d'urgence

     la ligne et sa brusque tension assaillent les regards, si le calme renaît, il fleurit sous l'accord

Le bleu partout diffuse

     l'eau vient couvrir un sable fin, le temps pose un miroir, le merveilleux amour réinvente la lune

Il relance à demain les signes d'arrivée






Philippe Jones
, Trace plurielle
extrait de Paroles données, 1981

Le blog Envers sur Philippe Jones