ENVERS

Chemins divers de la poésie et de l'imaginaire

12 septembre 2007

Texte à 3 voix

Je me réjouis de nos futures enjambées, de nos longs silences éloquents, tous ensemble et chacun avec nos peines, nous arriverons à éprouver de l’allégresse.

Mais rien dans le rebord des hanches ne troublera le mystère.

Rien, ni faux ni charrue,

Ni cette paupière fuyante où s’écrivait la route.

Ni cet iris étoilé où s’éparpillait la joie

Les bœufs transportent nos peines vers d’autres lieux sans jamais chanter. Leur sueur, peine de labeur, inondent notre monde. Seuls pouvaient se sauver un lustre et 4 lampadaires.

Ils rencontrèrent un passant aux larges hanches. Le lustre s’empara de ses mains, les 4 lampadaires de ses boutons de manchette, et tous ensemble tressèrent un collier en l’honneur des veaux mort-nés.

Ainsi se termina cette longue promenade aux accents baroques. J’ouvris la porte, montai les escaliers, m’essuyai les pieds, sortis, grimpai la colline, ouvris les yeux et là où se trouvait auparavant cet horrible édifice religieux, je découvris un pâtre qui regardait tranquillement l’horizon en mâchonnant un trèfle à 4 feuilles.

JPG, Charp, XX

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25 août 2007

Le jeu des questions-réponses

Le jeu des "questions-réponses" n'a certes rien de nouveau, puisqu'il apparaît dans les revues surréalistes des années 20. Que nous le pratiquions encore, que nous le donnions à lire est déjà un signe de notre démarche: il ne s'agit pas à tout prix de faire du neuf, d'avoir à craindre de se répéter. Tout pas nouveau s'ancre dans l'ancien, et n'a pas à en rougir. A l'encontre de ceux qui sont "revenus" de tout, opposer la naïveté du plaisir.

Chacun répond à une question qu'il ignore, et en pose une autre, qu'il masque avant de la passer à un autre participant. Ainsi circulent entre nous de long papiers pliés, jusqu'à ce qu'arrivé au bout, chacun les ouvre et en donne lecture, nous livrant à la dimension essentielle de la surprise.

Dans nos rencontres, autour de l'automatisme, nous le pratiquons souvent en ouverture, pour le plaisir, et comme mise en éveil. Les étincelles poétiques qui se produisent ainsi au gré du hasard sont celles-là même qu'il s'agit de susciter dans la pratique de l'automatisme. Le hasard est un premier pas pour libérer les mots des chaînes du sens.

Et, dans le même temps, cette circulation de papiers entre nous fait circuler le sang poétique, introduit une dimension de "jeu", c'est-à-dire d'absence de but, de langage "gratuit", tout aussi essentielle, tandis qu'il nous sort du "splendide isolement" de l'écriture.

Qu’est ce que la fleur de l’âge ?

C’est une robe de brume.

Qu’est ce qu’une promesse faite à l’aube ?

C’est l’ailleurs qui se manifeste.

Qu’est ce qu’une perle de brume ?

L’amour qui se délie.

Si je n’avais rien à dire

Alors je serais un assassin

Qu’est-ce que le toit d’une église en ruine ?

Un placement à taux élevé

Qu’est ce que c’est qu’une réunion entre amis ?

Une tige du vent.

Qu’est ce qu’une caresse ?

Un sourire qui frissonne.

Pourquoi est-ce que je réfléchis ?

Parce qu’il n’est jamais trop tard pour se tuer.

Qu’est ce que le hasard ?

Du vin répandu

Qu’est ce que le silence ?

C’est garder toutes les portes ouvertes

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17 août 2007

Faits divers

Chant d’adieu

Hier soir, un accident s’est produit dans le tunnel Saint-Aviaire. Un chauffard a heurté un camion avant de s’écraser contre un mur. Les services de secours sont rapidement arrivés pour désincarcérer le mal-heureux chauffeur coincé par le volant. A leur grand étonnement, ils virent sortir un canari rose, s’appuyant sur les ailes du véhicule.

La police désirant questionner le chauffard, dont elle ignorait la langue, on fit venir un interprète. Celui-ci arriva aussitôt, dans un grand camion bleu ciel. Semant la terreur parmi les témoins de l’accident, un grand chat noir et botté descendit du camion. On lui présenta le chauffard, qu’il avala d’un souffle. Tous les témoins de cet incident semblaient terrorisés. Mais le chat noir et botté leur expliqua aimablement que pour pouvoir interpréter les paroles du canari, il lui fallait d’abord bien les digérer. Votre correspondant ne pou-vant pas avaler ce qu’il venait de voir s’est immédiatement enfui.

Un geste désespéré

Fontaine de sang, luminaire nocturne. Une passiflore, bien connue des services à thé, s’est présentée à moitié dévêtue à l’avenue des mille saisons. Selon elle, et si l’on s’en tient au rapport des crocus à floraison tardive, le mille-feuille, doré à point, et revenu d’exode, se serait jeté sous un cochon de lait. Selon sa compagne, connue sous le pseudonyme de Cornet à fleurs, il aurait pris les reflets de sauge, qu’à cette heure de la nuit on peut observer sur les franges des plus vieux immeubles de la ville, pour la compagnie des tirailleurs marins, en train d’entonner les psaumes de David, dit Juju, le célèbre cantonnier de nos faubourgs.

Ayant alors craint que l’heure de la miséricorde eut sonné pour les derniers rescapés du bâtiment l’Espérance, ce navire que la vigie du Pousse-toi-de-là prétend avoir aperçu à demi replié sur son axe, il préféra l’ordalie au pardon et mélangea urnes, concierges et belladone, afin d’en asperger les créatures du démon.

C’est à cet instant que, selon les témoins qui, à ce point du récit, se réduisaient à un tas de cendre dont émergeait un cure-dent garni de mousse à raser, le mille-feuille se décida à offrir à tout passant un exemplaire de l’édition originale des pensées tardives du Taureau Frangipane.

Malgré l’intervention des postiers à tête d’épingle, on ne put ranimer la victime, du moins pas la portion cuite de sa masse cérébrale. Par contre, son cerveau cru, excellent s’il est arrosé de vin de fer-blanc, put être extrait, et se trouve désormais accessible à toute personne désirant inscrire sur son lobe gauche les mensurations exactes de sa nourrice anglaise. Pour les coordonnées princières et heures d’ouvertures du lobe cru, contactez le journal, qui s’enflammera.

Un jugement sévère

Un crocodile s’est introduit dans une meule de foin, pour emporter la totalité des pralines pondues la nuit précédente par des lionnes.

A la sortie de la meule, le malfrat fut pisté par la brigade du 300, menotté trois heures plus tard et emmené manu militari à la taupinière de Delhi. Le crocodile a comparu devant la cour des mammifères, laquelle a décidé de le remettre en liberté moyennant 3 conditions : suivre un régime herbivore strict, ne pas approcher la tanière des victimes et ne pas fréquenter d’autres crocos aux dents longues.

Depuis, nous sommes sans nouvelle du criminel. Espérons qu’il se soit réinséré.

Un meurtrier en fuite

Un criminel du septième ciel a attaqué à 29 h la famille Binecette, composée de six cornichons et de deux serpents. Il les a tous tués à l’aide d’une lime à ongle. Les cadavres ont été retrouvés dans le château d’Albert Ier.

Les policiers, n’ont pas encore découvert le moyen d’arriver au septième ciel. La raison du meurtre serait un simple problème de tuyauterie.

Le meurtrier ressemble à une main que l’on aurait tordue dans tous les sens ; les yeux, au nombre d’un et demi, sont en forme de sabot. La bouche ressemble à une chemise chiffonnée, les nez sont en forme de dent d’éléphant.

Posté par charp à 22:51 - Jeux et essais automatiques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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