ENVERS

Chemins divers d'art et de poésie

04 octobre 2009

Philippe Jones - Trace plurielle

L'immensité offerte a charge de moissons

      l'écriture est soc ou charrue, elle arase le sol et se découvre un cours, adresse un paysage

Elle sème à l'envie

     chaque trace est inscrite et germe, et tout hasard se comble, une étoile prend forme et choisit sa réponse

L'amour étale un jaune au couchant de la joie.


***

Être guetteur d'un autre versant
d'une ligne en partage
et d'une aube

     la découpe n'est pas limite, elle est surgissement, elle est forte clameur d'un monde à contre-jour

Tu es belle arrivée
tout un matin reçu


***

Tu es plage
tu es l'orge profond
ta peau s'étend au ciel
c'est la plaine à saisir

     la forme se domine et porte, elle est porte qui s'ouvre et livre sa clarté, respire un plein espace

Tu sillonnes du doigt la poitrine du monde

     les carreaux sont riants, la bouche est en appel, la couleur vibre à la fenêtre, ouverte à ses amours

Soleil rouge grandit
il déborde le seuil
il a troué les murs
il voyage


***

D'un noir tendre et ce n'est que ce noir
ce plan secret de l'ombre
où l'on rêve

     le ton et son point de rosée, un bercement d'azur au plus près de tes joues, tout l'horizon bascule

La courbe se fait corps
sur l'aplat de ses nuits


***

Le martinet percute au ciel un son d'urgence

     la ligne et sa brusque tension assaillent les regards, si le calme renaît, il fleurit sous l'accord

Le bleu partout diffuse

     l'eau vient couvrir un sable fin, le temps pose un miroir, le merveilleux amour réinvente la lune

Il relance à demain les signes d'arrivée






Philippe Jones
, Trace plurielle
extrait de Paroles données, 1981

Le blog Envers sur Philippe Jones

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30 septembre 2009

Claude Arlan - La nuit

La nuit,
la digue est une coupure de marbre bleu,
et ses ruelles se parcourent en d'infinies plongées,
moellons de sexes dressés que la main
longe comme le soupir d'un sable à peine entrevu.
Stigmatisé par le passage des ombres orientales,
le fauve désir du vent vient buter contre leurs murailles,
sanglot des formes comme des vols lourds.
Là s'immobilise le frémissement de l'être,
l'incarnation muette de la dernière angoisse,
et dans l'attente de l'instant géométrique,
quelques langues macèrent
en cisaillant le ciel.


Claude Arlan

extrait d'Amères Matrices
Editions
L'l'Envers de l'ombre

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11 septembre 2009

Pascale Billard - Un battement de coeur

J’ai vu l’ombre et la lumière jouer sur le fil tendu

entre Centaure et le Loup

Leurs dents luisantes se découvraient comme l’asphalte après la pluie.

J’ai vu les chants ancestraux dans la lueur de la nuit

Parler de l’origine de l’homme

                                             des pirogues englouties faisant leur long voyage

Mon ventre se rappelle

                              avant ma conscience

                                        avant les souvenirs

                                                        juste une résonance.


J’ai vu la mer se déployer pour m’ouvrir ses bras

J’y ai pêché la tortue par les sentiers sacrés

Symbole de mon clan bien avant ma naissance.

Et j’ai remonté le temps,

            je l’ai tissé,

                         lissé,

                                                                           entrelacé

 

Comme on tisse les palmes sur le toit des cases.

Puis j’ai sculpté ton visage dans le bois de fer

Chambranle de la vie solidement planté.

Le battement de cœur d'une femme est un clocher d'église qui prend feu.




Pascale Billard

 

Août 2009

Déjà paru sur Arcane 17

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01 septembre 2009

Pascal Blondiau - Sauvegarde

 

C’était tantôt, en allumant l’ordinateur.
La machine reprenait conscience,
un petit miracle répétitif
juste avant qu’un logo parfait
et criard
n’envahisse l’écran.

Comme pour personne, l’ordinateur
affichait en blanc sur fond noir
des phrases techniques
habituellement réservées à lui seul

J’aurais eu tort de ne pas regarder.

Création d'un point d'accès ... [fait]
Répartition d'éclats de données ... [fait]
Sauvegarde de la graine aléatoire ... [fait]
Remontage des structures subtiles ... [fait]
Observation des exceptions modestes ... [fait]

Initiation du lecteur ...  ...  ...  ...  ...  ...  ...  ...
...  ...  ...  ...  ...  ...  ...  ...  ...  ...  ...  ... [en cours]


 

Pascal Blondiau
Son site, Novelettes

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26 août 2009

Losilue - Il me faut pluie

il me faut pluie

l'écrasée des premières gouttes

sur le galet de la peau

puis les soupirs se répondent

les plics, les plocs

frappent au hasard

une musique

vibrant en odeur

de peau-terre mouillée

vient le fatras

assourdissant

peau à l'envers des eaux



il me faut pluie

en gouttes serrées

sous la muraille des dents

les vitres des yeux en buée

les soirs d'été

oh même en flots humides

se désagrégeant

même en papier

même en silence

il me faut pluie.

Losilue

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20 août 2009

Jacques Lacomblez - L'ange d'élégie (extrait)

S'éludant l'ombre de ses manques de clair
      Effeuille pâle son encre au plein du Nord
      Hiémal avers du climat héraldique
      Où s'orne le ciel d'un stellaire dyptique
      Licorne éprise au solstice de la Rose

Ne veille au midi seul la lune métisse
              Lieu non dit   d'aucun éveil
                                de nul sommeil
              - Vide la vie n'y sied du geste impie -
Qu'en l'esprit gravide d'une braise
        au feu
        Hissant le signe issu d'anciennes falaises

Jacques Lacomblez, l'Ange d'élégie (1997)
in Le voyageur immobile

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11 août 2009

Monique Heckmann - "Je me ferai..."

Je me ferai menace et prétexte et plaisir
femme momie, aussi calfeutrée dans les murs
pour étreindre l'éclat de tes fronts allumés.

Les printemps sont couchés.

Féroce
je veux dénouer
les résidus de toutes les tempêtes qui seront
épines à dissoudre les grillages anciens
du fond de l'œil où ton visage dort.

Dans les miroirs encore
sur le long fil tendu nous nous rencontrerons
tu m'y feras si tu le veux
la rose.

Monique Heckmann
extrait de "Seulement le vent"
chez Lettera Amorosa, 1972

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05 août 2009

Lulle - Oracles intimes

La chèvre portera des sabots d’écheveau et d’aurore. L’écume sourdra mollement à ses lèvres épaisses. Sera-ce toi qui me fuis, ou le rire ou la nuit…. ? De très hauts champs d’agrumes feront ployer mes yeux.

***

 

Lisse, le temps aura perdu de sa saveur cruelle. Nous nagerons sous un banc. Il fera froid et dur. Là-haut, dans ton regard, une pluie d’algues mortes. Pourquoi as-tu arrêté la tempête? Je ne reconnais plus où meurt le soleil.

***

 

Des lèvres en avalanches. Des fruits en ribambelles. Je vais à la tombée des rêves, là où tu n’en finis plus de pleurer. Les gages ont été faits, et gloire au chien ivrogne. Nous sommes las et perdus : deux grises alouettes.

***

 

Les pas auront glissé sous ma porte un à un. Où cacheras-tu la clé ? Je me bercerai, languide, à tes cheveux d’ébène, et tes cils de crapaud. Tu auras condamné mes accès. Les fleurs joncheront l’abîme de ton âme en copeaux violets. Tu me diras merci.

***

 

Quand nous aurons épuisé le doute et puis l’ivresse, les enfants brandiront en leurs cœurs de sombres capes de feu. Es-tu là, à étole ? Et toi, Ange de mes vies secrètes ? Nous n’aurons plus de jeux. Le vert aura péri. Mais au ciel de nos fronts, une comète poindra, fière. Les épices se languissent de ta jambe de serpent. Où es-tu, belle enfant ?

Lulle

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30 juillet 2009

Philippe Jones - La falaise et l'oiseau

Le soir tend une branche déserte

     hostile au dehors la pluie tombe droite, l'horizon tire ses volets ; à l'ombre de soi-même, plus d'un chasseur nous guette et piège tout amour

Sans syllabe d'oiseau
l'hiver caille le sang

   aucun sommeil ne peut effacer un silence, attendre c'est nager au fond des puits, se mouvoir fait battre les veines et des bourgeons se gonflent

Un oiseau appareille
où le destin s'agite

     le temps, s'il est seul maître à bord, suit des tracés divers ; de la tension de l'arc aux détours des nuages, la main est vive ou le regard distrait

On ne distingue bien
que ce qui nous ressemble

    un angle fuit, là des mots se répondent, selon l'instant, selon l'humeur, l'attente et son écho, tu t'en vas au lointain si tes jambes ne s'ouvrent

Un oiseau vrille l'air
il habite le coeur

     si ta lèvre est de pierre, s'il trouve ton épaule, il écarte, il appuie au courant des années, sa présence est mémoire, il traverse le ciel

Seul un témoin vivant
permet que l'on avance

  un mot s'ajoute et un regard, et l'un à l'autre, dans le croassement des jours,  petite fille, le soleil vient choisir l'école de ta joie

Un arbre rit de tout son feuillage


Philippe Jones, extrait de La falaise et l'oiseau

in Être selon, 1971-1972

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22 juillet 2009

Pascal Blondiau - La pluie et le pèlerin

Il reste, cachées dans les plis de mon manteau, quelques gouttes de l'averse d'hier. Je pense les garder au chaud encore quelques jours. Quand elles seront habituées à ma présence, je leur ferai une place dans le tiroir de ma petite collection, à côté du sable de Venus.



Pascal Blondiau, 20 janvier 2009
Ses sites:
Aujourd'hui est un beau jour
Novelettes

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