ENVERS

Chemins divers d'art et de poésie

16 août 2009

Michel Dubret - Le minotaure

Dans tout labyrinthe,
l'entrée et la sortie
se confondent

J'avais un minotaure. Une bête superbe et remarquablement idiote, qu'en hommage à une mienne grand-tante j'avais appelé Léopold. Dans cette période  quelque peu décousue de ma vie, pleine d'incertitude et de vacuité, sa présence m'était un réconfort tangible. L'affection et la stupidité du minotaure sont proverbiales, et Léopold était doué de l'une  et de l'autre à un tel degré qu'il semblait le prototype même de sa race. J'avais un minotaure donc, dont le regard épais remuait en moi les reliefs d'une jovialité ancienne mais couvant encore sous le doute et l'ennui.

J'avais un labyrinthe, bien-sûr  -  comment faire autrement ?  -  qu'à grands frais j'avais fait bâtir dans mon appartement, pour que Léopold puisse s'y sentir comme en terre natale. Les labyrinthes sont, en général, de conception complexe et énigmatique. Le mien était un modèle du genre, d'un raffinement rare en même temps que d'un dépouillement admirable. Imaginez un long couloir, absolument rectiligne, sans aucun tournant ni moindre recoin, où, d'un bout à l'autre, l'imbécillité de mon minotaure pouvait s'ébattre sans entrave. Et combien profonde était celle de mon Léopold. A le voir donner libre cours, avec cet air obtus qui le rendait si attachant, à sa jeune balourdise, j'étais saisi d'une hilarité qui me laissait, parfois des heures entières, tout étourdi.

J'aimais Léopold. Et cet amour m'était rendu, à la manière des minotaures, par le bruit frénétique de sa tête cognant les murs. Et, à surprendre l'air d'extase abrutie avec lequel il s'écroulait après ces manifestations de joie, un rire violent m'étreignait  chaque fois jusqu'à suffoquer, les yeux en larmes.

Léopold grandit en force et en bêtise, et j'en étais très fier. Mais la vie des minotaures est de courte durée, en raison précisément de leur intempestive vitalité. Un soir,  qu'après une absence prolongée je rentrais, Léopold, se ruant comme fou dans le long corridor, alla s'emplâtrer de bonheur contre le mur frontal. Ainsi prit fin sa calamiteuse existence, et, malgré mon fou-rire, j'eus le cœur en chagrin. Même aujourd'hui, après tant d'années, ce n'est pas sans nostalgie que s'éveille en moi son souvenir.

Je n'ai jamais remplacé Léopold. Mais j'ai gardé le labyrinthe, qu'en mémoire de lui j'ai transformé en bibliothèque.

Michel Dubret

Posté par charp à 14:19 - Textes divers - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

08 janvier 2008

Peut-être - Michel Dubret

Décimale des baisers

la folle aux yeux de camphre

est tombée dans ses ailes

Grande main

dévorée

la longue noire

la nuit

réserve cette augure

pour la chimie des asphodèles

Michel Dubret

Posté par charp à 10:32 - Poésie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

12 août 2007

Créance 



     Au parloir des sommeils 

     l'empreinte claire 

     de ta main 

     régule éblouissant 

     sur le carreau 

     aveugle 

     des lâchetés évidentes. 

Michel Dubret

Posté par charp à 10:08 - Poésie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :



« Accueil  1