Le jeu des "questions-réponses" n'a certes rien de nouveau, puisqu'il apparaît dans les revues surréalistes des années 20. Que nous le pratiquions encore, que nous le donnions à lire est déjà un signe de notre démarche: il ne s'agit pas à tout prix de faire du neuf, d'avoir à craindre de se répéter. Tout pas nouveau s'ancre dans l'ancien, et n'a pas à en rougir. A l'encontre de ceux qui sont "revenus" de tout, opposer la naïveté du plaisir.

Chacun répond à une question qu'il ignore, et en pose une autre, qu'il masque avant de la passer à un autre participant. Ainsi circulent entre nous de long papiers pliés, jusqu'à ce qu'arrivé au bout, chacun les ouvre et en donne lecture, nous livrant à la dimension essentielle de la surprise.

Dans nos rencontres, autour de l'automatisme, nous le pratiquons souvent en ouverture, pour le plaisir, et comme mise en éveil. Les étincelles poétiques qui se produisent ainsi au gré du hasard sont celles-là même qu'il s'agit de susciter dans la pratique de l'automatisme. Le hasard est un premier pas pour libérer les mots des chaînes du sens.

Et, dans le même temps, cette circulation de papiers entre nous fait circuler le sang poétique, introduit une dimension de "jeu", c'est-à-dire d'absence de but, de langage "gratuit", tout aussi essentielle, tandis qu'il nous sort du "splendide isolement" de l'écriture.

Qu’est ce que la fleur de l’âge ?

C’est une robe de brume.

Qu’est ce qu’une promesse faite à l’aube ?

C’est l’ailleurs qui se manifeste.

Qu’est ce qu’une perle de brume ?

L’amour qui se délie.

Si je n’avais rien à dire

Alors je serais un assassin

Qu’est-ce que le toit d’une église en ruine ?

Un placement à taux élevé

Qu’est ce que c’est qu’une réunion entre amis ?

Une tige du vent.

Qu’est ce qu’une caresse ?

Un sourire qui frissonne.

Pourquoi est-ce que je réfléchis ?

Parce qu’il n’est jamais trop tard pour se tuer.

Qu’est ce que le hasard ?

Du vin répandu

Qu’est ce que le silence ?

C’est garder toutes les portes ouvertes